Critique Film : Gérald le conquérant
Après l’audace sanglante de Barbaque et la pertinence sociale de Tout simplement noir, Fabrice Éboué revient avec Gérald le conquérant. Sous ses airs de "mockumentary" rural, le film tente de parodier l’obsession identitaire et le régionalisme.
Malheureusement, là où on attendait une charge féroce, on ne trouve qu’une comédie poussive qui tourne à vide.
Un concept qui s’essouffle vite
Le film suit Gérald (Fabrice Éboué), un Normand convaincu que sa région mérite un parc à thème historique à la gloire de Guillaume le Conquérant, pour concurrencer le Puy du Fou. Si le point de départ offre un terrain de jeu idéal pour la satire dont Éboué a le secret, l’exécution peine à décoller. Le format "documentaire parodique", déjà usé jusqu’à la corde par des références comme C’est arrivé près de chez vous ou les productions de Sacha Baron Cohen, demande une rigueur d’écriture que le film délaisse trop vite au profit de gags faciles.
L’ombre de Barbaque
La comparaison avec Barbaque est inévitable et, malheureusement, douloureuse. Dans son précédent opus, Éboué réussissait l’exploit de traiter un sujet clivant (le véganisme vs la boucherie) avec un humour noir décapant et un rythme soutenu. Ici, la méchanceté gratuite qui faisait le sel de son cinéma semble émoussée. Gérald est un personnage plus pathétique qu'effrayant, et les seconds rôles, bien que sympathiques, ne parviennent jamais à élever le récit. On navigue dans une suite de sketchs inégaux où l'absurde finit par lasser plutôt que par surprendre.
Une mise en scène en pilotage automatique
Visuellement, le choix du style "caméra à l’épaule" et de l’image brute propre au documentaire finit par enfermer le film dans une certaine monotonie. Là où The Batman (pour citer une structure de mise en scène radicalement différente mais maîtrisée) utilise chaque plan pour raconter quelque chose, Gérald le conquérant semble se reposer uniquement sur l'improvisation de ses acteurs. La photographie est terne, et le montage manque de ce punch comique qui permettrait de sauver les scènes les plus faibles.
Une conquête ratée
On attendait de Fabrice Éboué qu’il continue de bousculer le cinéma français avec son ironie mordante. Au lieu de cela, Gérald le conquérant ressemble à un projet mineur, une parenthèse un peu trop longue qui manque cruellement de fond. L'idée de départ est noyée dans une exécution paresseuse, faisant de ce film la première véritable déception dans la filmographie de l'humoriste-réalisateur.
LES PLUS :
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Quelques répliques bien senties qui rappellent le talent d’Éboué.
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Une volonté de filmer la France "profonde" sans trop de condescendance.
LES MOINS :
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Un rythme extrêmement poussif.
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Le format mockumentary mal exploité.
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Un manque flagrant de mordant par rapport à Barbaque.
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Des personnages secondaires transparents.