Critique série : Mercredi
Lancée en novembre 2022 sur Netflix, Mercredi (titre original : Wednesday) signe le grand retour de la famille Addams dans une formule inédite. Exit la sitcom rigolarde ou les films des années 90. Ici, la réalisation est confiée à Tim Burton (pour les 4 premiers épisodes), et le personnage principal n’est plus un enfant passif : c’est une adolescente cynique, asociale et ultra-douée qui va enquêter sur une série de meurtres tout en gérant ses premiers émois.
Mercredi Addams : l’ado qu’on aimerait avoir (de loin)
Résultat : une série qui aurait pu être une énième énième déclinaison jeunesse, mais qui devient rapidement un objet culte pour une génération qui ne jure que par l’humour noir et les sneakers montantes.
Synopsis express : Nevermore et ses démons
Mercredi Addams est exclue de son école normale après avoir lâché des piranhas dans la piscine pour venger son frère Pugsley. Direction : Nevermore, un internat pour "marginaux surdoués" (vampires, loups-garous, gargouilles, etc.). Là-bas, elle va devoir cohabiter avec des élèves hauts en couleur, affronter une créature mystérieuse qui terrorise la ville voisine, et découvrir que ses propres visions (des cauchemars ultra-réalistes) sont peut-être la clé de toute l’intrigue.
Sous ses airs de teen drama gothique, Mercredi cache une enquête policière bien ficelée, des dialogues ciselés comme des rasoirs et une bande-son détonante (dont un cell-dancing devenu viral).
Pourquoi la série a marqué les esprits (et les algorithmes)
1. Jenna Ortega : une révélation explosive
Jouer Mercredi Addams sans imiter Christina Ricci (la légende des films des années 90) relevait du défi fou. Jenna Ortega réussit l’exploit : elle incarne une Mercredi plus sombre, plus sarcastique, mais étrangement attachante. Son jeu tout en retenue – un sourcil levé, une réplique assassine – fait mouche à chaque scène. Et la fameuse scène de danse (épisode 4) est déjà entrée dans l’histoire des séries.
2. L’esthétique Burton, mais version 2020
Forêts brumeuses, collèges gothiques, angles déformés, couleurs saturées… Tim Burton a posé sa patte sans jamais écraser le récit. Nevermore ressemble à Hogwarts revisité par Edward aux mains d’argent : un lieu magnétique, oppressant et étrangement douillet. Mention spéciale aux costumes (robe noire à col blanc, tresses impeccables) qui ont lancé une tendance mode mondiale.
3. Un humour noir rare dans une série "ado"
Beaucoup de séries pour jeunes adultes confondent sarcasme et méchanceté gratuite. Ici, l’humour est intelligent :
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Mercredi qui répond à sa mère (Catherine Zeta-Jones en Morticia) : "Tu as mis du temps à répondre, j’allais préférer la fosse commune."
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Sa thérapeute obligatoire : "Vous avez un trouble émotionnel ?" – Mercredi : "Non, j’ai juste un don pour détecter les cons."
Ce ton décalé séduit aussi bien les ados que leurs parents.
4. Le mystère tient la route
Contrairement à pas mal de séries Netflix qui s’essoufflent au bout de 3 épisodes, Mercredi maintient une tension narrative cohérente. Le monstre (un "Hyde", créature de Robert Louis Stevenson revisitée) est introduit progressivement, les suspects se multiplient, et la révélation finale surprend sans être absurde.
Le regard de l’expert : pourquoi ça cartonne aussi du côté de l’intrigue ?
Chez Critiques and co, on aime décortiquer les mécanismes d’écriture. Voici trois raisons techniques du succès :
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Un personnage principal anti-héroïque : Mercredi n’est pas là pour se faire aimer. Elle ment, manipule, insulte. Pourtant, le spectateur est de son côté car elle a une morale cohérente (ne jamais trahir sa famille, punir les injustes). C’est du breaking bad version teenage girl.
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Une romance traitée comme un outil, pas comme un but : Tyler et Xavier ne sont pas des "love interests" passifs ; ils servent l’enquête. La série ne tombe jamais dans le triangle amoureux plombant.
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Un rythme épisodique + un fil rouge : chaque épisode explore un aspect de Nevermore (la fête de la pleine lune, la course de voitures, le bal) tout en avançant le mystère principal. Cela rappelle les bonnes séries des années 2000 (Buffy, Smallville) sans la lourdeur des arcs interminables.
Les bémols : tout n’est pas parfait
On ne va pas se mentir, Mercredi a quelques faiblesses :
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Des personnages secondaires sous-exploités : Enid (la louve-garou ultra-colorée) est un régal, mais certains camarades (Bianca, Eugene) restent en surface. Dommage.
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Un CGI parfois limite : le monstre Hyde, en pleine lumière, perd de son impact. On sent les limites du budget (pourtant confortable).
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Quelques facilités scénaristiques : pourquoi Mercredi est-elle acceptée à Nevermore alors qu’elle vient d’être exclue ? Pourquoi la directrice Weems laisse-t-elle passer tant d’écarts ? La série esquive vite ces questions.
Rien de rédhibitoire, mais on sent que la saison 2 aura du pain sur la planche pour creuser tout ça.
Le verdict
Note : 8,5/10 – Une réussite noire et piquante.
Mercredi est bien plus qu’une simple série sur la famille Addams. C’est une enquête gothique drôle et maîtrisée, portée par une actrice au sommet de son art et une direction artistique somptueuse. Elle parle aussi – en creux – de ce que ça signifie d’être différent, incompris, mais pas forcément seul.
Si vous aimez :
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L’humour caustique
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Les mystères en internat
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Les héroïnes qui ne cherchent pas à plaire
… alors cette série est pour vous.
Et vous, plutôt Mercredi simple tache ou mortellement efficace ? 🖤